Deux poids, Deux mesures!

Il n’a pu vous échapper le scandale Élyséen qui a fini par éclater hier soir: L’affaire Benalla.


Pour ceux et celles qui auraient pu manquer ce scoop médiatique mais aussi ce manquement judiciaire, Alexandre Benalla, adjoint au chef de cabinet du Président de la République, chargé de mission en matière de sécurité à l’époque des faits, a été filmé lors de la manifestation du 1er mai, arborant un brassard siglé « Police », un casque de maintien de l’ordre de la Police Nationale, porteur de gants dits « d’intervention » et muni d’un terminal radio ACROPOL réservé aux effectifs des Forces de l’ordre.

Nous savons que cela peut être le cas lorsque nos rangs sont gonflés par des personnes en stage. Précisons néanmoins que leurs participations se limitent à celles de l’OBSERVATION.

Il convient également d’ajouter que les stagiaires dans la Police Nationale ne sont pas autorisés à être sur le terrain, du fait des risques engendrés et de l’absence de formation.

Une exception est cependant faite en présence de journalistes notamment, de réalisateurs ou scénaristes, etc… en prenant dès lors toutes les précautions utiles.


En outre, comme le disposent les articles 433-12 et 433-15 du Code Pénal, et contrairement à ce que nous pouvons lire et voir dans la presse :

– « est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000€ d’amende le fait, par toute personne agissant sans titre, de s’immiscer dans l’exercice d’une fonction publique en accomplissant l’un des actes réservés au titulaire de cette fonction ».

– « est puni de six mois d’emprisonnement et 7500€ d’amende, le fait, par toute personne, publiquement, de porter un costume ou un uniforme, d’utiliser un véhicule ou de faire usage d’un insigne ou d’un document présentant, avec les costumes, uniformes, véhicules, insignes ou documents distinctifs réservés aux fonctionnaires de la police nationale ou aux militaires, une ressemblance de nature à causer une méprise dans l’esprit du public ».

Nous nous permettons de le rappeler et d’ajouter également qu’il s’agit d’une circonstance aggravante lorsque l’usage de cette fausse qualité a pour objet de préparer ou de faciliter la commission d’un crime ou d’un délit (disposition de l’article 433-16 du Code Pénal)

Or, Alexandre Benalla, paré de ses plus beaux atours de policier de terrain, prend part activement au travail des Forces de l’ordre lors de cette manifestation du 1er mai 2018. Nous le voyons écarter vigoureusement une jeune femme, puis revenir vivement afin de saisir un individu récalcitrant, le frapper et l’interpeller.

Nous savons que ces faits ont été immédiatement rapportés à l’Elysée et qu’Alexandre Benalla a été suspendu de ses fonctions sans solde pendant 15 jours, puis transféré à un autre pôle où il est devenu chargé de mission en matière de sécurité lors d’événements publics, avec interdiction de « terrain ».

Nous relevons dès lors qu’une légère sanction administrative lui a été appliquée dans la foulée, mais que force est de constater que son transfert de pôle s’apparente plus à une promotion qu’autre chose.

Nous apprenons cependant ce jour qu’Alexandre Benalla, bien loin d’être éloigné du terrain, a été au plus proche de celui-ci ces dernières semaines.

En effet, il a été filmé par les médias dans des événements étatiques majeurs, à risque, événements durant lesquels, selon le communiqué de l’Elysée, il aurait dû être exclu suite à sa faute professionnelle.

Nous ne citerons que les sorties publiques avérées dont nous avons eu connaissance, à savoir :

– entrée au Panthéon de Madame Simone Veil en date du 1er juillet,

– l’avant première du film Mission Impossible avec la présence de Tom Cruise en date du 12 juillet

– et la descente en bus des joueurs de l’Equipe de France de football sur les Champs Elysées en date du 16 juillet.


L’association MPC n’a pas qualité à juger et à sanctionner. Mais, notre fonction est belle et bien de rapporter, d’interroger, d’alerter, d’agir et de défendre NOS collègues.


Premièrement, concernant la présence de cet individu :

Que faisait Alexandre Benalla au milieu des effectifs CRS ce jour là ?

Quelle était sa fonction ?

Quelles étaient ses prérogatives et par qui lui étaient-elles conférées ?

Comment a-t-il été présenté aux effectifs CRS ?

Comme un stagiaire, un collègue policier ou un observateur de l’Elysée ?

Quelles étaient aussi les consignes données aux CRS concernant Alexandre Benalla ?

Fermer les yeux, le laisser agir en toute impunité car il s’agit d’un proche du Président de la République ?

Deuxièmement, concernant les violences volontaires commises en faisant usage d’une fausse qualité (policier) :

S’agissant d’un délit, comment expliquer que l’Elysée – ayant connaissance des faits – n’ait pas saisi le Procureur de la République de Paris comme la loi l’y oblige ?

S’agit-il d’une tentative d’étouffement de la part de nos plus Hauts dirigeants ?

S’agit-il d’un manquement conscient au devoir d’exemplarité prôné par Monsieur le Président de la République ?

Comment justifier la non communication de cette affaire par l’Elysée et le silence adopté par nos dirigeants ?

Troisièmement, concernant la perception de nos collègues mais aussi des citoyens :

Quelle est l’image renvoyée à nos citoyens ?

Comment peuvent-ils avoir confiance en leur Forces de l’ordre alors même qu’un individu s’y immisce sans aucune légitimité ?

Comment admettre un tel silence de l’Etat alors que nos Forces de l’ordre ont été assimilées à cet individu ?

Nous nous permettrons enfin d’effectuer un parallèle avec l’affaire de notre collègue du TGI de la semaine dernière. Celui-ci a été jeté en pâture par nos dirigeants, donnant lieu à un tweet de notre Ministre de l’Intérieur bafouant le principe fondamental de la présomption d’innocence, cher à notre République, Monsieur Collomb appelant le jour même à une « sanction irréprochable » face à des « violences policières avérées ».

Notre collègue a été immédiatement suspendu de ses fonctions, sans délai de reprise, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Mais, aujourd’hui, où sont les tweets de Monsieur le Ministre de l’Intérieur, de Monsieur le Premier Ministre et de Monsieur le Président de la République ?

C’est pourquoi nous nous indignons face à cette différence de traitement scandaleuse.

La volonté de nos dirigeants est-elle de protéger, de défendre sans foi ni loi, des individus proches des hautes sphères alors même qu’ils sont soupçonnés d’avoir commis un ou plusieurs délits ?


Une enquête est ouverte et le Parquet de Paris est enfin saisi malgré une envie certaine d’étouffer cette affaire.


Néanmoins, l’association MPC est révoltée de constater le gouffre abyssal en matière de procédure, de sanction et de communication qu’il existe entre l’affaire Alexandre Benalla, proche de Jupiter, et un policier stagiaire exerçant ses fonctions seul, face à un individu dangereux ayant voulu saisir son arme de service dans le but de ne pas réintégrer sa cellule.

Peut-on dès lors affirmer qu’il existe une loi pour les citoyens lambdas, pour les Forces de l’ordre et une loi pour les collaborateurs de l’Elysée ?

Nous vous laissons, à votre tour, vous poser les bonnes questions, et pourquoi pas trouver les réponses.

In fine, nous ne manquerons pas de surveiller avec attention les suites données à cette affaire.