Paroles de flic

La politique pénale de la délinquance juvénile.

Il m’a fallu un peu de temps pour construire ce texte. Il est très difficile de rester objectif face à ce thème, quand nous policiers sommes confrontés chaque jour a des délinquants de plus en plus jeunes, et souvent multirécidivistes. Alors avant de commencer, je tiens à mettre les choses au clair. Je n’attaque ni l’Institution judiciaire avec laquelle nous travaillons, ni les collègues de l’administration pénitentiaire qui font un métier aussi difficile que le nôtre. Je ne veux pas non plus dresser un tableau de la délinquance actuelle, car nous la connaissons.

Nous faisons tous notre travail dans le respect des Lois et je sais que vous êtes nombreux a pester quand vous voyez les délinquants les plus jeunes ressortir de nos locaux avant même que la procédure ne soit terminée. Je veux juste comme simple policier essayer de comprendre pourquoi les plus jeunes sont tels que les décrivait Socrate : “Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. A notre époque, les enfants sont des tyrans  » et démontrer que la préconisation de Victor Hugo : « Ouvrez des écoles vous fermerez des prisons » n’est hélas plus d’actualité.

Voici une procédure judiciaire comme tant d’autres : quatre mineurs interpellés en flagrance pour vol par effraction en possession d’un téléviseur dérobé chez leur victime. Ils ont entre 14 et 17 ans. Des traces et indices à charge sont relevés au domicile de la victime. Ils nient farouchement les faits et livrent chacun une version différente. Prolongement de la garde a vue en prévision du déferrement le lendemain et comme le prévoit la Loi, ils sont présentés au Procureur de la République. Il y avait une drôle d’ambiance au Parquet des Mineurs. Certains déclamaient des chansons de rap insultantes envers la Justice, d’autres sifflaient les jeunes magistrates, l’un poussait le vice à tenir tête au magistrat et à le tutoyer. Une collègue disait en regagnant le service « on a l’impression de les emmener en sortie MJC ». Que sont-ils devenus ? Mis en examen évidemment (obligatoire pour les mineurs mis en cause) mais après ? Quelle fut la sanction ? Ils ont été de nouveau interpellés un mois après pour des faits similaires.

Concernant les majeurs, ce n’est pas mieux. Combien de fois ai-je entendu dans les couloirs du dépôt d‘un TGI d‘Ile de France des phrases telles que « t’as pris combien toi ? » « On essaye d’être dans le même bloc ?». Pas mieux en salle d’audience quand à l’énoncé du délibéré, on assiste à une volée d’insultes envers le tribunal. Et oui, la Justice ne fait plus peur. Et qu’en est-il en prison ? Le constat est le même. On ne compte plus les reportages sur le thème de la surpopulation carcérale. Les surveillants sont débordes et les délinquants y ont leurs habitudes de vie qu’ils retrouvent à chaque nouvelle incarcération. La prison n’est plus une honte, et ne fait plus peur.

Vous vous dites « oui et alors, ce n’est un secret pour personne, de toute façon il n’y a pas de solutions ». Et bien si, elles existent et si je ne suis pas un adepte du « c’était mieux avant », je vous offre malgré tout mon petit moment réac. Ma grand-mère me racontait qu‘autrefois on faisait peur aux jeunes voyous en leur parlant de la « maison de correction ». Aujourd’hui ça n’existe plus, on parle de « centres éducatifs fermés », mais sont-ils efficaces ? Il existe aussi les prisons pour mineurs, mais la Loi Pénale prévoit que cela doit être l’exception. Mais quelle doit être l’exception face à une génération perdue ? Comme je le disais à l’instant, la prison ne fait plus peur. Jeune flicard, sur mon lieu de stage, je me souviens de la visite au service, d’un ancien policier qui avait commencé comme gardien de prison. Il nous expliquait qu‘une fois libéré, le délinquant ne voulait plus y retourner et pour cause :

* Les détenus portaient un uniforme (tenue pénale) qui devait rester propre et entretenu. Aujourd’hui les détenus sont habillés comme ils le souhaitent du moment qu’ils ne soient vêtus ni de noir ni de bleu marine.

* Le travail était obligatoire dans la prison pour la garder propre. Aujourd’hui les prisons sont insalubres autant par le fait de dégradations en tout genre que par le non-respect des infrastructures par les détenus.

* Pas de télé, mais une bibliothèque. Aujourd’hui les détenus out accès à toutes les chaines de la TNT, ne sont plus obligés de cantiner pour se payer la télé, ont des consoles de jeu en cellule.

* Obligation d’assister à des cours de remise à niveau. Aujourd’hui sur la base du volontariat

* Lors de la promenade les détenus marchaient en silence le long de l’enceinte les mains dans le dos. Aujourd’hui c’est pire qu‘une cour de récré dans un lycée de ZSP. Aucune discipline, les surveillants n’y sont pas admis et gare à celui qui y met les pieds.

* Le surveillant était une autorité respectée en tant que telle. Aujourd’hui la vie d’un surveillant vaut a peu près la même chose que celle d’un flic pour les détenus, à savoir pas grand-chose.

L’oisiveté étant mère de tous les vices, la situation n’est pas prête de s’arranger. Et pour le coup, je pense que ces anciennes méthodes étaient efficaces.

Je ne souhaite évidemment pas que nos prisons ressemblent a « Midnight Express », mais le problème c’est qu’aujourd’hui les conditions de détentions ne sont que trop peu dissuasives et paradoxalement, elles sont inhumaines. Ne faudrait-il pas alors songer a un encellulement individuel ? Malheureusement, il s’agit ici d’un enjeu politique qui nous dépasse.

Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de penser qu‘une action en amont participerait largement à régler le problème. En effet, cc n’est plus aux institutions républicaines (Ecole, Police, Justice) de faire tout le travail, mais bien aux parents de jouer le rôle principal dans l‘éducation de leurs enfants.

Platon écrivait dans « LA REPUBLIQUE »

Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,

Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.