Le suicide…

Sujet délicat à aborder. Mais pour ceux d’entre nous partis trop tôt nous le devons.

L’acte de mettre fin à ces jours. Qualifié de « lâche » par certains, qui jugent, sans essayer de comprendre ce choix douloureux, sans en traiter les causes…

Nous en avons, malheureusement, quasiment tous été témoins. Directement ou indirectement. Ce collègue qui lâche prise avec cette existence, à sa triste façon. L’écran de fumée « c’est pour des raisons familiales » ne sert qu’à masquer toutes les carences qui poussent au désespoir.

Mais quel est l’impact de nos missions sur notre vie familiale ? Comment se répercute la frustration de garder un bâtiment vide ? Quelle est l’impact de l’opacité des mutations ? Comment évacuer de son esprit les souffrances des victimes ? Comment chasser toutes ces insultes et ces menaces avant de rentrer à la maison ?

La POLITIQUE DU CHIFFRE et parfois le MANAGEMENT INHUMAIN creusent la tombe de ces âmes meurtris par leurs conditions de travail.

Alors forcément qu’il y a des « raisons familiales », conséquences indirectes de cette souffrance au travail.

Mais les causes nous les connaissons tous.

Nous côtoyons ce que la société à de pire à montrer, les morts, les meurtriers, les violeurs, les pédophiles, les victimes en souffrance etc…

Nous avons choisi ce noble métier pour « servir et protéger » mais qui nous protège ? Qui accompagne les policiers pour encaisser ces cauchemars ?

Ce manque total de reconnaissance. Cette absence de valorisation, le travail quantitatif primant sur le qualitatif. Ces ordres incompris. Ces absurdités quotidiennes. Ce mal être qui s’installe. Cette carrière qui n’évolue pas. Cette impossibilité de se projeter. Ces questions récurrentes : Quand est-ce que tu es muté à la maison ? Pourquoi c’est si long pour avoir ton grade ? Tu as encore changé d’horaires ?

Une simple note de service peut faire basculer un équilibre parfois précaire.

Nous avons subi 70 minutes de silence en 2015, uniquement pour les suicides des collègues et des gendarmes…

Entre 2004 et 2014, nous avons fait 478 minutes de silence. Nous avons cette triste moyenne qui est de 50 suicides par an.

Depuis 2008, nous en sommes donc « aux alentours » de 450 suicides.

QUELLE EST LA REPONSE DE NOTRE ADMINISTRATION CONCERNANT LE SUICIDE ?

  • Interdiction pour les coéquipiers de rentrer avec leur arme de service chez eux.

  • Visite des autorités pour exprimer leurs condolénaces

  • Une réunion collective avec une psychologue

Pour toutes ces veuves, ces veufs, ces enfants, ces familles… Vous aviez le devoir, l’obligation d’agir mais vous n’avez toujours rien fait…

Quand nos dirigeants cesseront-ils d’être aveugles sourds et muets ? Ils exigent de nous de mourir en silence, menacé de sanctions sous couvert du devoir de réserve nous interdisant de dénoncer ces faits publiquement…