Réponse à Monsieur le Directeur Général de la Police Nationale

Monsieur le Directeur, j’ai lu avec un grand intérêt votre lettre du 1er décembre 2016.

Ce courrier fait suite à un mouvement de colère que “nous” policiers de terrain avons exprimé suite à des événements tragiques qui ont touchés les nôtres. Il m’est apparu nécessaire de vous répondre tant le contenu de votre missive ne cesse de résonner en moi. Tant il m’apparaît évident que vous, qui représentez notre hiérarchie, êtes tellement mal informé sur la réalité qu’il vous est impossible de comprendre les réalités du métier de policiers de terrain et même de comprendre les raisons profondes du soulèvement que nous entretenons.

Dans un premier temps il faut que vous compreniez que la tentative d’assassinat dont nos collègues ont été victime n’est malheureusement que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je pèse mes mots et ne veux en aucun cas porter ombrage ou diminuer la gravité des faits que je viens d’évoquer.

Je ne cherche qu’à vous faire saisir le fait que vos policiers ne cessent de subir des violences de plus en plus graves et je ne compte plus le nombre de vos soldats blessés, ou pire, mort au combat.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir hurlé, crié et même supplié notre hiérarchie pour qu’elle nous apporte la protection, les soutiens et l’aide que non seulement vous êtes dans l’obligation légale de nous apporter mais aussi que nous méritons.

Votre lettre revêt deux aspects sur lesquels je m’attarderai à savoir vos annonces suite à nos revendications et vos avertissements teintés de promesses de sanctions.

Dans la première partie de votre lettre, vous faites état de mesures que vous dites avoir prises à savoir recentrer les missions du policier, lui apporter du matériel de protections, d’armement, des renforts d’effectifs, des promesses sur l’entretien des locaux et la durée de certaines habilitations. J’ai le regret de vous annoncer, M. le Directeur que le compte n’y est toujours pas.

Comment notre institution peut-elle croire qu’en parsemant quelques « mesurettes» comme vous le faites nous allons pouvoir travailler correctement et en toute sécurité ? Un maçon a besoin d’une truelle et de ciment pour travailler et s’il travaille en hauteur, que sa sécurité n’est pas garantie, la loi oblige son employeur à lui fournir les éléments de sécurité et la formation nécessaire à la réalisation de sa mission en « SECURITE» .

Sachez, Monsieur le Directeur que les moyens que nous demandons devraient nous être attribués depuis bien longtemps. Vos policiers traitent sans cesse des procédures mettant en cause des employeurs qui ont failli à leurs obligations en matière de sécurité et que la justice de notre pays condamne ces mêmes employeurs défaillants. Je vous laisse apprécier le parallèle… La police nationale, et particulièrement la sécurité publique, a depuis trop longtemps été la « 5° roue du carrosse ».

Notre société évolue, et comme on me l’a appris il y a bien longtemps lors de ma formation initiale, le policier doit s’adapter. Je n’avais alors pas compris à quel point cette qualité allait être essentielle dans ma carrière. Que cela voulait dire s’adapter encore et toujours aux défaillances de mon institution qui me demandera toujours plus avec moins.

Je n’avais pas compris que pour avoir du matériel, j’allais devoir m’équiper sur mes propres deniers. Vos policiers s’adaptent avec courage et abnégation pour que l’exercice de leurs missions soit à la Hauteur des attentes de nos concitoyens envers leur service public. Vos policiers s’adaptent sans cesse aux réformes pénales incessantes justifiées par la mise en Conformité de notre législation aux directives européennes, ces dernières sont prises encore une fois par des hauts fonctionnaires qui ne comprennent les besoins des personnes qui vivent dans notre société, tant pis pour nous et nos concitoyens si on ne nous donne pas les moyens de les mettre en place, tant pis si cela ne cesse d’alourdir les charges de travail et les responsabilités des enquêteurs, tant pis si nous essuyons les critiques (justifiées) des victimes qui ne comprennent pas et se sentent lâchées par les institutions.

Ceci n’a que trop duré, nous ne pouvons plus accepter de travailler, ou mourir, dans de telles conditions, la reconnaissance de notre labeur ne doit pas se faire seulement à titre POSTHUME. « SERVIR ET PROTEGER », « GARDIEN DE LA PAIX » comment ne pas aimer notre métier qui est si Noble, Policier ce n’est pas un métier comme les autres, c’est un métier où le droit de grève n’existe pas et où l’obligation de réserve est une règle d’or.

Alors, Monsieur le Directeur, que faire quand nos demandes faites sous couverts de la voie hiérarchique ou via nos représentants syndicaux ne trouvent que des réponses inadaptées et décevantes , que faire même lorsque les fonctionnaires en haut de la pyramide syndicale pactisent dans l’intérêt de leur carrière plutôt que dans l’intérêt collectif.

Notre réponse Monsieur, c’est que nous allons donc encore et toujours nous adapter, en trouvant un moyen d’expression différent, au travers d’un « service minimum » qui malgré tout ne néglige pas nos concitoyens.

Notre réponse Monsieur se trouve également dans nos « rassemblements » au cours desquels vos policiers ont montré un comportement exemplaire.

Certes nous dérogeons à certaines règles, mais ce risque n’a d’égale que l’amour que nous portons à notre métier. C’est au travers de ces actions que vous parlez de loyauté, de déontologie et où vous énumérez les règles de réserve, de neutralité et d’exemplarité dont le policier ne doit pas se départir.

Monsieur le Directeur, mon devoir de réserve ne me permet pas de vous dire que notre hiérarchie laisse ses policiers travailler dans des locaux insalubres où règnent tant de nuisibles et où les règles de sécurité ne sont pas respectées.

Mon devoir de réserve ne me permet pas de vous informer également que vos chefs de service ne sont pas loyaux envers les concitoyens car ils mentent aux personnalités lors des visites officielles de commissariats qui se trouvent tout à coup envahis de véhicules neufs, de nouveaux policiers affectés dans des communes voisines et venus juste pour faire le nombre et mentir sur le manque d’effectif et de moyens.

Mon devoir de réserve ne me permet surtout pas de dire que chaque année, on vous demande de faire des économies sur notre budget et que les bons élèves de notre hiérarchie qui auront remplis « les objectifs budgétaires » auront de belles primes, non je ne peux pas le dire.

Je ne peux pas vous dire non plus que le code de déontologie, une évidence pour chaque POLICIER, n’est fait que pour dédouaner complètement les agissements des chefs dont vous faites partie, ça je ne peux pas vous le dire.

Monsieur le Directeur, après vous avoir livré mon vécu et mes réactions, j’aimerai vous dire que je ne suis pas rancunier et que je pourrai peut-être vous pardonner si toute fois vous aviez la décence, le courage, l’honnêteté et l’honneur de reconnaître que l’institution police est dans l’erreur sur sa gestion complète. Ainsi vous pourriez envisager une réelle concertation avec les flics de terrain qui ont eux les solutions pour être plus efficaces et plus justes pour les policiers mais aussi et surtout pour nos concitoyens.

Bien sûr je sais qu’à votre tour, vous ne pouvez pas le dire à cause de notre devoir de réserve, je vous comprends Monsieur le Directeur.

Je vous fais une promesse Monsieur le Directeur, si vous passez outre votre devoir de réserve, en disant ce que vous avez sur le cœur, comme l’a fait notre frère d’arme, le Général de Gendarmerie devant une commission parlementaire en 2013 , nous manifesterons à vos côtés devant l’IGPN, on vous montrera notre solidarité et notre loyauté sans faille avec l’Homme d’honneur qui SERT et PROTEGE ses frères d’armes, ce jour-là Monsieur vous serez à nos yeux « LE GARDIEN DE LA PAIX ».

Cordialement,

Un FLIC