Procès de Malamine Traoré : Entre incompréhension et dégoût

Alors que nos collègues étaient jugés dans le procès sur-médiatisé du flashball, se tient en parallèle celui de Malamine Traore. Ce chauffard de 25 ans causait le 21 Février 2013 la mort de deux policiers de la BAC nuit alors qu’il essayait de se soustraire à un contrôle.

Le 30 Novembre, le verdict tombe, il est condamné à 12 ans de réclusion pour « violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique ayant entraînées la mort sans intention de la donner ». A l’annonce de ce verdict, c’est l’incompréhension pour nombre d’entre nous.

Je n’ai pas voulu écrire tout de suite, la colère étant mauvaise conseillère. Il a fallu une longue réflexion pour ne pas tomber dans une verbatim haineuse et sans but précis à l’égard de la Justice. Alors la nuit portant conseil, je me suis rappelé que les magistrats restent souverains quant à la qualification de l’infraction et qu’au risque de vous choquer, cette peine n’est pas incohérente au regard de ce que prévoit le Code Pénal, d’autant que le Parquet avait requis 17 ans de réclusion criminelle lors d’un sévère réquisitoire.

Mais alors pourquoi si cette peine n’est pas incohérente nous sommes déçus, dégoûtés et même très en colère contre un tel verdict ?

Cette nuit du 21 Février 2013, Malamine sort de boîte de nuit, est fortement alcoolisé et tente par tous moyens d’échapper à un contrôle de Police. Il est coutumier des faits et allait déclarer qu’il « avait peur de retourner en prison ». C’est sur le périphérique parisien, qu’il tente de trouver une échappatoire pour rentrer chez lui et utilise cette artère au volant d’une grosse cylindrée en slalomant à 150 km/h entre les voitures. Sa folie prendra fin en pulvérisant la Ford Mondéo d’un équipage BAC, tuant sur le coup Boris et Cyril et blessant grièvement Frédéric.

Une infraction est constituée d’un élément légal (article prévoyant et réprimant ladite infraction), l’élément matériel (ce qui constitue l’infraction) et un élément moral (volonté de l’auteur de commettre cette infraction).

Malamine s’est toujours défendu d’avoir voulu tuer nos collègues. Comment peut il prétendre ne pas avoir eu cette intention ? Reprenons son iter crimininis (processus criminel).
1 – Il roule fortement alcoolisé sans permis de conduire.
2 – Il n’obéit pas aux injonctions des collègues voulant le contrôler et prends la fuite.
3 – Pour ce faire il adopte une conduite irresponsable sur une voie limitée à 70Km/h (je crois 80 au moment des faits) mettant délibérément la vie des autres usagers en danger.
4 – Il percute délibérément un véhicule de Police.
Sur ce dernier point, les constatations et expertises nous apprennent :
* Pas de traces de freinage avant la collision.
* Pas de trace ou de témoignage d’embardée pour éviter l’obstacle.
* Son pied était toujours sur l’accélérateur.
Comment croire qu’il n’a pas eu cette intention ?
Comment croire que l’idée de percuter aussi violemment et VOLONTAIREMENT un véhicule ne va occasionner que des dégâts matériels ?
Comment ne pas comprendre que Malamine Traoré à pris la vie pour se soustraire à ses responsabilités, parce qu’il ne pouvait pas ignorer le risque de mort certaine qu’il infligeait à l’équipage qu’il a percuté ?

Ces lignes n’engagent que leur auteur, Malamine Traore est un meurtrier. Il s’est délibérément rendu coupable d’un homicide volontaire et de tentative d’homicide volontaire, crime prévu d’une peine pouvant aller jusqu’à trente ans de réclusion criminelle. Il n’a pris que douze ans et en a déjà fait presque trois. Il lui reste donc neuf ans à faire. Avec le crédit de remise de peine, une éventuelle réduction de peine supplémentaire (RPS) il ne purgera pas cette peine en totalité. Il pourra prétendre à une sortie dans environ 5 ans.

Aujourd’hui la question que nous devrions nous poser est pourquoi les faits ont-ils été requalifiés ? Nous ne cherchons en rien à remettre en cause ce grand principe républicain qu’est l’indépendance de la Justice. Notre vocation est de travailler pour elle, avec elle. Nous demandons seulement quelques explications, pour l’ensemble de nos forces de sécurité, des familles de collègues assassinés et ce au nom du Peuple Français.

Peut être un élément de réponse prochainement : avant la publication de cette article, nous apprenions que le Parquet de Paris fait appel de cette condamnation.