Le procès des collègues de Montreuil

Lundi 21 novembre, je me suis rendue au TGI de Bobigny, inquiète pour mes collègues mis en examen, afin de les soutenir. Curieuse de voir pour la première fois un procès et notre justice en action.

De par mon métier, j’oriente tous les jours des victimes vers cette dernière, leur donnant l’espoir qu’elles seront écoutées et que Justice leur sera rendue. Je me l’imaginais digne, impartiale, jugeant avec sagesse en tenant compte de chaque élément. Après tout, un des grands principes de la chaîne judiciaire n’est- il pas que L’ENQUETE DOIT ETRE A CHARGE ET A DECHARGE ET LA JUSTICE ? Quelle désillusion….

D’entrée de jeu, les conversations radios de l’intervention, à peine évoquées 30 secondes, étaient mises de côté. POURQUOI ??? On aurait entendu la détresse des collègues pris à partie par une foule haïssant la police. On aurait entendu leurs stress alors qu’ils demandaient de l’aide pour gérer une situation qui les dépassait. Les faits bruts et figés de l’intervention sans manipulation, dans l’instant présent. Mais ce n’était pas un vrai procès qui se profilait…

Le ton était donné avec la présence d’un tee-shirt « La police assassine » dans la salle d’audience, qui n’a même pas fait réagir un quart de seconde Monsieur Le Juge ou Monsieur Le procureur !!!

Durant deux jours d’audition, j’ai vu les trois collègues tournés en ridicule, méprisés, à qui l’on demandait si les bouteilles de verre reçues n’étaient pas des ovnis imaginés !! Que lesdites bouteilles ne pesaient que quelques grammes et étaient inoffensives. On a nié le fait qu’une bouteille en verre reçue violemment peut occasionner des blessures, vous couper… On a nié leur humanité, le fait qu’ils étaient faits de chair et de sang. Ce n’étaient que des « flics »!

Ils leurs a été reprochés d’être sortis des véhicules avec le Flash-Ball à la main alors même que plusieurs groupes de « caillasseurs » les prenaient à partie et que des mortiers explosaient. Ils leur a donc été reproché d’avoir mis un casque sur la tête et pris un bouclier pour se protéger. Cela a été vu comme de la  » préméditation « . Les collègues étaient six au début face aux casseurs. Six pour gérer ces premières agressions provenant de plusieurs groupes d’individus. C’est dans l’attente des renforts qu’ont eu lieu les premiers tirs de Flash-Ball. Mais pour Monsieur Le Procureur ils étaient trente face à des « pacifistes ».

Des vidéos tournées avec des portables ont été évoquées comme preuves par les parties civiles. Ces dernières seulement évoquées afin de dénigrer la version des collègues qui tentaient de s’expliquer.

Pourquoi le juge n’a t-il pas exigé de les voir? Pourquoi les victimes ne les ont pas transmises à la justice ? Car on y aurait vu la vérité ??? A se demander….

Un des collègues jugé a été appelé en renfort sur cette commune qu’il ne connaissait pas. Il explique être caillassé dès son arrivée sur les lieux. Il déclare à la cour : « Mais qu’est ce que j’aurai du faire? Remonter dans ma voiture, fuir et abandonner mes collègues ? » Réponse du procureur: «Vous auriez peut-être dû ! » Que répondre à cela ? Quand on vous dit que vous auriez du fuir comme un lâche en abandonnant les vôtres…

Après quelques jours de procès…

Les parties civiles n’ont de cesse d’intervenir pendant les débats « s’octroyant» le rôle du juge avec la complaisance de ce dernier. Elles posaient directement leurs questions aux collègues. N’était-ce pas le rôle de leurs avocats ?

Monsieur Le Procureur, l’avocat de la défense et Monsieur Le Juge ne cessant pas de marteler qu’ils étaient en tort aux yeux de leur hiérarchie !!! Malgré les protestations de l’avocat représentant le Ministère de l’Intérieur.

Un Commissaire de police, autorité sur Montreuil le soir des faits, se présente à la barre. Quelle mine déconfite. Bien entendu, il ne fut pas entendu sur les faits et il n’y aura de soutient clair et revendiqué par la hiérarchie…

Vient ensuite le passage de deux experts concernant le flashball :

Le premier expert, peu renseigné, est incapable de donner plusieurs explications sur l’arme. Monsieur Le Procureur l’interpelle un peu agressivement en lui mettant une telle pression qu’elle finit par dire que la balle peut occasionner toutes sortes de blessures. Les plus improbables comme des brûlures causées par la balle en caoutchouc à plusieurs mètres!!!!

Le second expert connait son dossier sur le bout des doigts et infirme tout les propos du premier expert! Et là, curieusement Monsieur Le Procureur n’aura aucune question face à cet homme compétent. Pourtant, ce dernier aurai pu éclaircir de nombreux points à n’en pas douter…

Le procès à charge continue : Les témoins

Surprise, la majorité n’était pas en lien direct avec l’affaire! Pire, l’un d’eux ayant assisté aux débats alors que cela lui avait été interdit !!! Pas besoin de rendre compte de ce qui a été dis à part de tirer à boulet rouge sur les collègues…

Pour clore ces « débats » toujours dans les témoins

Une médiatrice de « la cabane » association d’aide aux migrants explique des « violences policières » commises à Calais !!! Elle parle du camp de Calais en évoquant du racisme, des brimades, vexations… Dans un procès de tir de flash-Ball effectué dans le 93 on est en droit de se poser la question a qui fait-on le procès ???!!!!

Ensuite les témoins sont des victimes de tir de Flash – Ball. Pour au final évoquer Monsieur Guéant qui a doté la Police en 1995 du Flash-Ball et que Les Policiers deviennent des fous de la gâchette !!! C’est le procès du Flash-Ball ou des collègues ???!!!

Le réquisitoire pouvait tomber:

Pour avoir fait leur métier et s’être interposé pour aider les deux vigiles de la clinique, pris à partie et caillassé, en ne reculant pas face à des manifestants voulant « Casser du flic », allumant un incendie sur leur passage et tentant de saccager une agence bancaire : pour les deux collègues 10 mois de sursis / 18 mois d’interdiction d exercer, 5 ans d’interdiction du port d’arme. Pour le troisième collègue …3 ans de sursis / 3 ans d’interdiction d’exercer et 5 ans d’interdiction de port d’arme.

Personnellement, je ne prendrai plus de risque, je fuirai comme le voulait Mr le procureur, laissant les voyous saccager tout sur leur passage en détournant la tête. Je ne sais pas qui interviendra pour faire cesser cela, Mr le Procureur ne me l’a pas dit. Alors je me dis que du point de vue de la justice, je serai enfin un policier estimé et non plus mis en cause et que je pourrai faire mon métier sans trembler…

C’est ça qu’il faut comprendre ???…. En attente du verdict…